Restauration d’un moteur de 2CV AZ

Mon père possède une 2CV! Bien plus qu’un moyen de locomotion, ou qu’une carte grise supplémentaire, cette 2CV est une véritable institutrice de la mécanique et des plaisirs simples pour mon frère et moi. Très jeunes déjà nous reconstituions grossièrement une 2CV avec 4 roues de rechange, 1 volant et 1 banquette de rab au milieu de jardin. Puis nous avons appris à démarrer en poussant car la batterie était toujours vide, changer une roue, apprécier la saveur de la fumée bleue quand nous la démarrions dans la remise et enfin nous sommes montés en grade avec révision du carburateur, restauration du système de freinage et bien sûr le graal… apprentissage de la conduite sur route privée.

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A cours des années, nous avons pris l’habitude de chercher des pièces de rechange dans des brocantes, des vides greniers, des décharges publiques (à l’époque ou les déchetteries n’existaient pas et où on repartait avec plus de trésors dans le coffre que de déchets à jeter), ou chez des particuliers que cela encombre. Et c’est ainsi qu’un jour, à la recherche d’un bocal de maître cylindre de frein, nous sommes allés à la rencontre d’un monsieur qui avait un champ, de l’herbe jusqu’à la taille et par-ci par-là des vieilles pièces éparpillées. Une portière à droite, un capot rouillé à gauche, des roues qui n’auront pas de seconde vie, un chassis à nu où il est difficile de reconnaitre une 2CV. Un cimetière des éléphants, mais de très vieux éléphants. Bien entendu chaque bocal de maître cylindre est différent et ne correspond pas à notre modèle et le gars nous invite à faire une dernière tentative sur la deuch du fond, en nous pointant du doigt un roncier de 2 mètres de haut. Après les plus grands efforts on découvre que le gars dit vrai, il y a bien de la vie sous la végétation même si il n’y a plus le fameux bocal depuis longtemps. Ne souhaitant pas rentrer bredouille on s’équipe en jardinier et on débroussaille tout autour de la 2CV ensevelie. (A mon plus grand regret je n’ai pas de photo du roncier car ces moments sont rares et on a jamais un appareil à ce moment là).

Après 2 heures de jardinage et encore 1 heure de démontage, on finit par ressortir de la bête son moteur et sa boite de vitesse qu’on charge dans le coffre gracieusement, le type étant content d’avoir débroussaillé un coin de son jardin. Nous avons alors tout le retour en voiture pour peaufiner, avec papa et mon frère, l’explication auprès de ma mère désespérée de nous voir rentrer avec plus de bazar qu’à l’aller. L’argument choc est trouvé immédiatement : « Tu comprends maman, on préfère avoir un second moteur pour faire banque de pièces détachées, car si on tombe en panne chaque pièce peut couter très chère…. » Mouais! Le moteur sera stocké et dormira une petite dizaine d’années sans qu’aucune pièce ne serve de rechange. moteur de 2cv
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Le frangin se décide un jour à soulever la bâche et lance l’idée géniale… « et si on essayait de le faire péter un coup ce moteur ». Aussitôt l’équipe se met en place. Papa a l’occasion de ressortir ses boites de glaces vides pour stocker les petites pièces. On ressort des tiroirs la RTA 2CV et les tutos web, et le garage se transforme rapidement en salle de démontage. On espère tous qu’avec, un peu d’huile de coude, de graisse et surtout un bain complet a l’essence, on pourra relancer la magie. Si quelqu’un lit cet article dans l’optique de faire lui même un démontage de moteur je lui redonne 4 conseils très précieux:

  • Avoir des boites de glaces, pots de yaourt, bac en carton, etc pour stocker et ranger correctement toutes les pièces en n’en perdant aucune.
  • Stocker les éléments associés ensemble : toutes les pièces d’un cylindre par ici, celle de l’autre cylindre par là.  lorsqu’il y a plusieurs rondelles a ne pas mélanger, vous pouvez les lier avec un petit morceau de fil de fer pour conserver l’ordre.
  • Utiliser un marqueur pour marquer les pièces, les repères. En essayant de garder chaque pièce à son emplacement. La soupape 1 doit être remontée sur le même emplacement qu’à l’origine car le rodage et l’usure se sont faits spécifiquement pour ce siège de soupape. Idem pour le reste.
  • Prendre plein de photos avant de démonter chaque pièce sous tous les angles car vous aurez forcement un doute lors du remontage et c’est confortable d’avoir une archive visuelle quelque part.

On dévisse, on déboite, on retire les 2 cylindres puis les 2 pistons et finalement on arrive au moment délicat : ouvrir le bloc moteur.P1030044

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C’est toujours magique d’ouvrir un moteur car l’intérieur est souvent très gras et donc très préservé des attaques de la rouille. Dans le cas présent c’était vraiment très très gras et on a bataillé pour retirer toute l’huile noire du fond. Mais une fois que c’est nettoyé on a l’impression d’avoir en main un plan éclaté de l’état neuf et cela flatte l’oeil.

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Vient alors la phase du remontage ou le puzzle prend tout son sens. D’abord le bas moteur, sur lequel on ajoute un peu de pâte bleu qui servira de joint moteur. C’est pas la méthode authentique qui requiert un joint papier mais ça se tente.

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Puis on enchaine avec les cylindres qui révèlent le majestueux flat twin Citroën.

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Et enfin le fameux réglage d’avance à l’allumage, que tout mécano connait, qui permettra de déclencher l’étincelle à la bougie, pratiquement au moment ou le piston est en position haute. Le fameux PMH pour les intimes.

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On fabrique même un petit support pour le moteur sur une palette pour effectuer des essais. Un vieux démarreur, une batterie 6 volt et….IGNITION !

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Les pistons s’agitent, le moteur se remue un peu et fait un doux bruit de compression/décompression mais malgré plusieurs réglages d’avance et de vérification en tout genre, le moteur ne part pas. La déception se fait sentir car on se sent vraiment à quelques centimètres de toucher les étoiles. C’est peut-être le moment de sortir notre atout magique de notre manche.

Car en effet, nous connaissons à une trentaine de kilomètres, le gourou de la 2cv. Sans doute une des idoles de bricole moi un mouton car le gars ne fait pas dans la fioriture inutile. Que de la mécanique, aucune autre distraction. Et il compte bien le faire sentir rien que par son apparence. Même de dos on cerne le bonhomme.

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Dans sa propriété on découvre l’univers de cet ermite. Des dizaines et des dizaines de 2cv en vrac démontées. des 2cv camionnettes remplies de pièces d’autres 2cv. Ce monsieur, c’est Pierre de Roissart qui a son article dans la Dépêche  .On arrive finalement à son atelier où plusieurs moteurs de toutes les époques de 2cv sont plus ou moins ouverts. On comprend que ce gars il tente tout : les restaurations authentiques, les transformations exotiques, les 2cv de course dopées avec des moteurs 4 cylindres turbo.

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Il les bricole pas… il leur parle. Le genre de personne qui n’est plus dans la catégorie mécano mais dans la catégorie orfèvre.

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En deux temps, trois mouvements, il effectue toute la checklist de base. On injecte de la graisse par le bas, on vérifie l’étincelle, il reprend le calage de l’avance comme s’il tartinait une biscotte avec du beurre « le réglage c’est facile, faut laisser deux mm à gauche, ça suffit pour péter » dit-il en ajustant l’écart au doigt (quand de notre coté on s’échinait avec des cales millimétriques). Puis on fait tourner à vide, bougies débranchées et cache culbuteur retirés, pour s’assurer que ça huile bien là dedans. Il branche une batterie, ajoute un biberon d’essence et démarre la bête comme si le moteur sortait de concession…

On était déjà bien bluffé par le mec et histoire de nous montrer que l’habit ne fait pas le moine et que le cador c’est bien lui, il fait les choses propres avec un réglage de l’avance à l’allumage  à la lampe stroboscopique. Pour cela il indique 4 repères sur la couronne d’embrayage : le 0 indique le PMH. 1 point toute les 3 dents, 3 dents = 5°, tout parait plus simple. Pour être bien réglé, il faut voir les 3 points, signe que l’allumage se déclenche bien 15° avant le PMH.

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A ce moment là tu as complètement oublié que le type a un pull mité et on quitte le « à peu prés » pour se rapprocher des réglages scientifiques.

On voit effectivement les 3 points, signe que finalement son premier réglage « au doigt » n’était pas si approximatif.

On rentre finalement chez nous très heureux car même si on a eu besoin d’un expert pour nous aider, le remontage était complet, ce fut l’occasion de côtoyer une fois de plus l’univers d’un mec passionnant et désormais on a un second moteur de 2cv qui tourne à la maison.

Heureusement, cette histoire n’a pas de point final. Il reste a reprendre la boite de vitesse qui est toujours dans son jus et un jour à force d’associer les éléments un par un on finira par l’avoir notre 2CV en kit dans le jardin 🙂

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